Loi sur le travail: plus de flexibilité

Par Frédéric Borloz, président du PLR Vaud, conseiller national

Message du président

L’Union suisse des arts et métiers (USAM) vient de lancer un pavé dans la marre. Un gros, un qui éclabousse bien. Comme un pare-feu aux propositions de gauche, l’USAM souhaite modifier la loi sur le travail – et ses ordonnances – afin notamment d’introduire la semaine de travail à 50 heures pour tous les métiers (voire à 54 heures sous certaines conditions) ; permettre le travail sept jours sur sept et assouplir l’octroi des jours de congés. La gauche a tout de suite crié à l’imposture et parlé de dérégulation de la loi sur le travail. Elle craint qu’une révision de la loi en ces termes n’entraine une diminution du droit des travailleurs et altère leurs conditions de travail. Mais c’est un tout autre regard que nous, PLR, pouvons porter sur ce projet. Les propositions de l’USAM sont tout d’abord l’occasion de remettre en question un élément qui nous semblait acquis – à tort : l’organisation du travail. Si la «conciliation des vies privée et professionnelle» est devenue un terme à la mode, rien ne s’est concrètement passé. On entend souvent que les nouvelles technologies, la robotisation et notre interaction toujours plus forte avec l’étranger vont changer radicalement notre façon de travailler, mais jusqu’à maintenant, pas grand monde n’a bougé le petit doigt. Face à cet immobilisme, l’USAM nous demande de nous secouer. Une bonne chose. Nos lois doivent pouvoir évoluer avec la société, au risque de l’immobiliser. En ce sens, l’actuelle loi sur le travail mérite d’être adaptée aux besoins évolutifs, à la fois des entreprises, des collaborateurs et des clients (notamment). Si on accepte une lecture pragmatique de la situation actuelle, on constate que chacun de ces trois acteurs souhaite plus de flexibilisation. L’employeur souhaite pouvoir lancer une production un dimanche sans obstacle, un collaborateur pourrait préférer travailler deux semaines d’affilée puis profiter de plusieurs jours de congés consécutifs, un client serait ravi de pouvoir faire ses achats les dimanches pluvieux. Or, toute flexibilisation a besoin de liberté d’action. Elle fait donc mauvais ménage avec un cadre législatif trop rigide. En proposant d’augmenter la durée du travail hebdomadaire de 45 à 50 heures, chacun ne serait pas appelé à travailler 50 heures par semaine, mais une fois 50 heures, puis la semaine suivante 35 heures, par exemple. A noter que cette flexibilisation pourrait très bien se discuter dans le cadre des conventions collectives de travail.

Notre système économique, le libéralisme de marché, a été attaqué à plusieurs reprises ces derniers temps dans la presse, mais on oublie bien souvent que s’il existe encore, c’est parce qu’aucun autre modèle n’a été jugé meilleur. Autrement, gageons qu’il aurait été bien vite remplacé. Notre libéralisme économique a cela de fameux qu’il a su s’adapter aux besoins de la société à travers les époques. Ne le coupons pas dans son élan. Notre économie ne devrait pas être engoncée dans une armure législative qui freine ses mouvements. Sachons voir en cette révision une opportunité de promouvoir concrètement le télétravail, les emplois partagés,
la robotisation, etc. Les habitudes de travail ont évolué depuis 1964, date de l’introduction de la loi sur le travail. Bien sûr, il n’est pas question d’augmenter le temps de travail en Suisse de manière détournée, mais simplement d’ouvrir le débat pour un peu plus de flexibilité et d’adaptation aux us et coutumes actuels, pour garder à la fois des emplois et des chiffres d’affaire en Suisse, sans tabous.