Le CFC, ciment de l’économie réelle mais pas rémunéré à sa juste valeur...

Par Susan Sax, vice-présidente du PLR Lausanne et Olivier Bloch, secrétaire général adjoint du PLR Vaud

En 2018, 215 531 personnes suivaient une formation professionnelle par voie d’apprentissage. Électriciens, cuisiniers, graphistes, maçons et charpentiers, gestionnaires en commerce de détail, assistants en soins et santé communautaire, parmi d’autres spécialistes en devenir qui immédiatement en sortant de l’école obligatoire font «tourner notre économie».

La Suisse est très fière de présenter dans le monde son système de formation duale et à raison, car notre pays brille régulièrement dans le classement de la compétition « worldskills» couronnant les apprentis du monde entier : troisième nation en 2019, deuxième lors des championnats de 2017.

Nous pouvons affirmer que la richesse de la Suisse tient en grande partie à la qualité de ces formations certifiées, garantissant expériences de terrain et donc relève qualifiée. Des jeunes qui, dès 16 ans, choisissent un métier, travaillent jusqu’à 9 heures par jour en entreprise, occupés à des tâches parfois pénibles et qui, rentrés à la maison, préparent leurs cours pour un jour enfin obtenir leur CFC, un diplôme qui valide leurs compétences et offre aux entreprises la qualification professionnelle nécessaire à leur bon fonctionnement.

Les détenteurs d’un CFC créent de la valeur. Ce sont eux qui transforment les produits, construisent, fabriquent, soignent, éduquent et concrétisent ! Sans oublier que le CFC est un véritable ascenseur social : voyez ces entrepreneurs qui ont repris ou construit une affaire, offrent des postes de travail, contribuent à la bonne santé des finances de l’État et forment leur relève.

En 2013, 40,2 % des actifs entre 25 et 64 ans avaient accompli un apprentissage. Si l’attrait des cursus académiques ne cesse de croître, la formation duale, régie par l’offre et la demande, n’a pas son pareil pour donner aux jeunes diplômés un poste de travail de manière immédiate et pourtant le nombre d’apprentis ne cesse de diminuer.

Alors quelles sont les raisons de ce désamour ?

Selon l’étude «Quelles perspectives d’emploi et de salaire après un apprentissage?» publiée par l’Université de Lausanne en juin 2016 : «Si les personnes au bénéfice d’un apprentissage n’ont rien à envier à celles qui possèdent une maturité au niveau des perspectives d’emploi, leurs carrières sont, en moyenne, moins avantageuses concernant leur progression salariale.» Selon la même étude, «Le talon d’Achille dela formation professionnelle n’est donc pas l’employabilité, mais la progression salariale.»

Comment donc valoriser ces piliers de l’économie et soutenir les personnes qui occupent les emplois que nous avons à cœur de sauvegarder ? Plusieurs pistes intéressantes s’offrent à nous :

  • un un renforcement des conventions collectives par branche valorisant les années de labeur et tenant compte des années de formation dans le calcul de l’accès à la retraite ;
  •  une fiscalité moins lourde pour les salariés au bénéfice d’un revenu modeste afin de maintenir leur pouvoir d’achat;
  • des mesures encourageant la progression professionnelle, par exemple une défiscalisation des coûts de la formation continue, pour l’employeur et pour l’employé ;
  • un un frein aux contraintes imposées aux entreprises afin qu’elles engagent à nouveau des apprentis, quelle que soit leur taille.

On le voit, sauvegarder notre prospérité passera par la valorisation concrète des acteurs de terrain de notre économie.

Le PLR qui s’engage pour une politique économique saine doit prendre le taureau par les cornes et agir pour cette population trop peu représentée par nos élus politiques.