LE NUMÉRIQUE À l’ÉCOLE : APPRÉHENDER LA RÉALITÉ DU MONDE

Par Frédéric Borloz, conseiller d'État

Y a-t-il encore un secteur de notre vie qui échappe au numérique ? Poser la question, c’est y répondre. Et face à cette numérisation croissante du monde, l’école ne peut pas rester spectatrice. Au contraire, sa mission est d’accompagner ces évolutions et de permettre aux enfants de les appréhender, de les apprivoiser.  

L’histoire de l’éducation numérique dans notre canton doit beaucoup à Catherine Labouchère qui, s’inquiétant du retard pris dans ce domaine, dépose un postulat en 2017. Elle souhaite alors que la formation des jeunes Vaudoises et Vaudois soit adaptée aux exigences d’un monde, notamment du travail, très sensible à la maîtrise des instruments modernes.

Le Conseil d’Etat de l’époque entend le message. Il fait de cette question un chantier prioritaire dans son programme de législature 2017-2022 et inaugure, en 2018, sa stratégie pour l’école vaudoise. Deux crédits sont votés en 2019. L’opération est lancée, avec l’appui de l’EPFL, de la HEP Vaud et de l’UNIL. Une phase de pilotage débute alors dans douze établissements de l’école obligatoire et permet de déterminer les futurs besoins d’équipement et de formation du corps enseignant. En parallèle, les premiers moyens d’enseignement sont produits. Dans la foulée, les cantons romands s’y mettent ; depuis, ils en ont aussi fait une priorité inscrite dans le plan d’études romand.

A la fin de cette année scolaire, un tiers des élèves vaudois de l'obligatoire seront concernés par l’éducation numérique. Et la deuxième étape du déploiement sera prochainement présentée au Grand Conseil.

On entend parfois que les jeunes passeraient trop de temps devant leurs écrans et que l’école n’a pas à les encourager dans cette voie. Mais peut-on accepter que l’école se dissocie de ce qui se joue dans la société ? Ne nous trompons pas de combat. Le numérique fait partie de la vie des jeunes d’aujourd’hui. Ils sont même nés avec. Il s’agit pour l’école de les former à l’utiliser au mieux.

D’ailleurs, il n’est pas question d’avoir un élève devant un écran toute la journée ! On parle ici d’équiper les classes d’une tablette pour 4 ou 5 élèves, qui souvent travaillent en groupe. Concrètement, ce qui est enseigné dans les classes, c’est la maîtrise des applications et logiciels, c’est savoir rechercher une information pertinente en ligne, être conscient du fonctionnent des réseaux sociaux. C’est aussi acquérir des compétences qui permettent de ne pas tomber dans le panneau d’une fake-news ou d’une photo truquée. C'est encore éviter les mécanismes d’addiction ou se protéger des aspirateurs à données personnelles. Des compétences aujourd’hui indispensables.

À l’heure où l’on nous annonce qu’il manquera en 2030 près de 40'000 informaticiens en Suisse, certains appellent au gel de l’éducation numérique dans notre canton. C’est tout simplement impensable. Ne rien faire dans ce domaine, c’est se laisser ballotter par des technologies qui continueront à progresser. C’est aggraver un manque de main d’œuvre dans des secteurs sensibles. Apprendre à les apprivoiser, à travailler avec elles, mais aussi sans elles, c’est l’assurance de pouvoir les utiliser pour le bien de nos jeunes, de la société et de l’économie.